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Logement : l’argent public va de plus en plus souvent à ceux qui bénéficient déjà d’un fort soutien familial
samedi 29 décembre 2007

Propriété : le temps des héritiers

Article paru dans l’édition du Monde du 27.12.07

 

L’enquête annuelle du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) révèle l’explosion des inégalités dans l’accès à la propriété depuis maintenant un quart de siècle. Réalisée auprès de 2 000 foyers, elle montre qu’en 1980, 45 % des familles à revenu moyen ou modeste étaient propriétaires de leur logement. Cette proportion est tombée en 2007 à 33 % pour les familles modestes et est restée stable à 46 % pour celles à revenu moyen. A l’opposé, la propriété gagne du terrain parmi les hauts revenus, qui sont désormais 70 % à posséder leur logement, contre 51 % en 1980.

L’écart a commencé à se creuser à partir des années 1990 en dépit des aides publiques, sous forme notamment de prêts bonifiés. La hausse des prix des logements, de 140 % entre 1997 et 2007, est évidemment la principale explication au creusement des inégalités, rendant mécaniquement bien plus difficile l’accession sociale à la propriété.

Une étude de l’institut CSA réalisée par l’économiste Michel Mouillart montre que les accédants investissent aujourd’hui 5,1 années de leurs revenus dans l’achat de leur résidence principale, contre 3,7 années en 2001, et qu’ils consacrent 30,5 % de leur budget à rembourser leur crédit, un taux d’effort jusque-là inédit. Les aides publiques sont-elles efficaces ? Ne contribuent-elles pas involontairement à la hausse des prix ?

Une autre étude, menée par l’Agence nationale pour l’information sur le logement (ANIL) auprès des bénéficiaires de prêts à taux zéro et publiée au début du mois, apporte un début de réponse. En 2006, sur près de 700 000 achats, 230 000 accédants à la propriété ont bénéficié d’un prêt à taux zéro (PTZ), soit une proportion importante. Le PTZ constitue un apport substantiel (en moyenne 5,6 % du prix du bien) pour les revenus les plus modestes (moins de 23 700 euros par an). Dans les zones rurales étudiées, à Vitré et dans la Mayenne, il aide les accédants modestes : des familles qui achètent surtout des maisons à prix modique (90 m2 à 112 000 euros), avec un faible apport personnel (de 0,7 à 0,4 année de revenus).

En région parisienne, les bénéficiaires ont des ressources du même ordre, barème oblige. Mais, majoritairement, il s’agit de personnes seules et de couples sans enfants, au niveau de vie élevé et disposant d’un confortable apport personnel, hérité de leur famille, d’en moyenne deux années de revenus, pour acheter de petits logements chers (33 m2 pour 166 000 euros). L’ANIL, qui a intitulé son étude « Logement, le temps des héritiers », constate que l’argent public va de plus en plus souvent à ceux qui bénéficient déjà d’un fort soutien familial. Est-ce sa vocation ?

Isabelle Rey-Lefebvre


 



Le « travailler plus pour gagner plus » contredit par les comparaisons internationales
vendredi 8 juin 2007

  Voici une comparaison internationale très intéressante sur 3 variables dans l’article du Monde ci-dessous : la durée individuelle du temps de travail, le taux d’emploi, et la productivité du travail.
  3 conclusions essentielles :
 - "la stratégie consistant à augmenter la durée annuelle du travail n’a pas été retenue par les pays riches. Pour devenir riche, il paraît plus pertinent d’augmenter la productivité et le taux d’emploi, ce dernier restant passablement trop bas en France".
 - "les pays qui ont fait le choix du « travailler tous » ont une richesse par habitant plus élevée, preuve que la réduction du temps de travail ne conduit pas à la ruine".
 - "Les données de l’OCDE sur les vingt-huit pays montrent en outre qu’il existe un lien négatif entre la durée individuelle du travail et le nombre de personnes qui travaillent : plus la quantité de travail se concentre sur certains, moins d’individus ont un emploi. En plus de rater sa cible sur le pouvoir d’achat, on peut donc également craindre que le « travailler plus pour gagner plus » produise surtout de nouveaux exclus du marché du travail".

« Travailler plus pour gagner plus » : quelques leçons tirées de l’étranger

Le Monde, Article paru dans l’édition du 05.06.07

La comparaison des données de 28 pays sur la productivité horaire, le nombre d’actifs et le nombre d’heures travaillées montre les limites de l’adage présidentiel

Travailler plus pour gagner plus » est devenu le nouvel adage de la politique économique. Quelle est la validité de cette théorie ? Que se passe-t-il dans les pays où l’on travaille effectivement plus ? Et quel lien y a-t-il entre le fait de davantage travailler individuellement et le chômage de masse qui est une préoccupation aussi centrale, sinon plus, que le pouvoir d’achat ?

La richesse créée dans un pays dépend d’une certaine quantité et d’une certaine qualité de travail. La qualité de travail correspond à la productivité horaire. Dans les pays développés, cette productivité est élevée, puisqu’une heure de travail produit environ 40 dollars de richesse.

La quantité de travail comprend, d’une part, le nombre de personnes qui travaillent, d’autre part, le nombre d’heures que chacun réalise au cours d’une année. Le taux d’emploi mesure le nombre de personnes qui travaillent dans la population des 15-64 ans, il est de l’ordre de 68 % dans les pays développés. Le nombre d’heures travaillées est aux alentours de 1 700 heures par an et par travailleur, cette mesure tenant compte des personnes ayant un emploi à temps partiel, qui font baisser la moyenne.

C’est bien la productivité horaire, le nombre de travailleurs et le nombre d’heures travaillées qui déterminent la richesse créée dans un pays. Si 10 personnes travaillent 1 700 heures et ont une productivité horaire de 40 dollars, alors le produit intérieur brut (PIB) sera de 10 × 1 700 × 40, soit 680 000 dollars. Les données de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) sur 28 grands pays développés permettent de regarder comment ces trois facteurs contribuent au PIB de chaque Etat.

Il s’avère ainsi que des niveaux élevés de taux d’emploi et de productivité horaire sont les vrais facteurs de richesse pour un pays. Par contre, le nombre d’heures travaillées n’est pas un facteur de richesse, au contraire. On constate que les pays où l’on travaille le plus (Pologne, Mexique, Turquie, Corée, République tchèque, Hongrie, Grèce, Italie) se classent aux dernières places en termes de richesse par habitant. Et dans les pays où l’on gagne le plus, on a tendance à moins travailler, c’est particulièrement le cas aux Pays-Bas, au Danemark, en Suisse, en Norvège et en Autriche. Ces résultats nous invitent à penser que la France sera plus riche si elle améliore d’abord son taux d’emploi et sa productivité. Le levier du « travailler plus » ne mérite pas l’importance qui lui a été donnée.

Certains pays ont privilégié le « travailler plus », d’autres le « travailler tous ». Il est rare qu’un pays parvienne à tenir ces deux stratégies à la fois, avec un léger bémol néanmoins pour certains pays anglo-saxons.

Les pays qui ont fait le choix du « travailler tous » sont la Norvège, la Suisse, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède. Dans ces pays, on travaille en moyenne 1 490 heures par an et 75 % de la population en âge de travailler a un emploi. A l’inverse, les adeptes du « travailler plus » sont l’Italie, la Grèce, la Corée, la Hongrie, la Pologne, le Mexique et la Turquie. Dans ces pays, on travaille en moyenne 2 050 heures par an, mais seulement 55 % de la population en âge de travailler a un emploi.

Sur le plan arithmétique, remarquons que 1 490 × 75 % est presque égal à 2 050 × 55 %, ce qui montre que ces pays produisent globalement la même quantité de travail. Par ailleurs, les pays qui ont fait le choix du « travailler tous » ont une richesse par habitant plus élevée, preuve que la réduction du temps de travail ne conduit pas à la ruine.

Prenons l’exemple des Pays-Bas et de l’Italie. 34 % des emplois néerlandais sont à temps partiel contre 12 % en Italie (la France est à 14 %). Cette différence explique le nombre d’heures travaillées par individu : 1 338 heures pour un Néerlandais et 1 828 heures pour un Italien. Cette stratégie permet aux Pays-Bas d’avoir un taux d’emploi parmi les plus élevés des pays développés, 73 %, contre 56 % en Italie. Au final, les Pays-Bas s’en tirent mieux puisqu’ils ont un PIB par habitant assez nettement supérieur à celui de l’Italie.

En conclusion, la stratégie consistant à augmenter la durée annuelle du travail n’a pas été retenue par les pays riches. Pour devenir riche, il paraît plus pertinent d’augmenter la productivité et le taux d’emploi, ce dernier restant passablement trop bas en France. Le slogan « travailler plus pour gagner plus » semble donc inadapté à notre situation : le bon diagnostic serait plutôt de « travailler tous et mieux pour gagner plus ». Les données de l’OCDE sur les vingt-huit pays montrent en outre qu’il existe un lien négatif entre la durée individuelle du travail et le nombre de personnes qui travaillent : plus la quantité de travail se concentre sur certains, moins d’individus ont un emploi. En plus de rater sa cible sur le pouvoir d’achat, on peut donc également craindre que le « travailler plus pour gagner plus » produise surtout de nouveaux exclus du marché du travail.

BRIEUC BOUGNOUX

Economiste, Directeur du cabinet Reverdy



La priorité à la recherche : une priorité de gauche
lundi 30 avril 2007

La Droite et la Gauche et l’investissement dans la recherche : ce n’est pas tout à fait la même chose ! Voir graphique dans l’article ci-dessous de la célèbre revue scientifique anglo-saxonne Nature (Detlan Butler : "Is french science in decline..." Nature, vol. 446/19 april 2007, p. 854 ) sur le poids des dépenses en Recherche en France selon les gouvernements.

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Evolution des dépenses Recherche en France


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